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Saynète V

De petites histoires pour vous donner la saveur du Monde de Jeu.

Saynète V

Postby Geist » Thu Jan 10, 2013 5:59 pm

Cité Drow de Shael’Akad’Him, quelque part sous l’Empire, 1833 v.t.

Shaer’na laissa s’échapper la magie de ses paumes, permettant à celles-ci de se détacher du plafond de la caverne. De sa main droite, elle se rattrapa à la simple barrière qui la séparait encore de la Spire principale du domaine Dhaer’Kisael.
Devant elle, la Spire, fusion d’une énorme stalactite et d’une stalagmite de la même taille, luisait doucement dans l’Ombre. Monilithe Noir planté au sein d’un monde formé de nuances de la même couleur, elle était une métaphore adaptée pour le monde et la société Drow à laquelle Shaer’na appartenait.
Pendue comme cela au dessus de la cité, le plafond si près qu’il ressemblait plus au sol que le sol lui-même, Shaer’na eut, comme souvent, la conviction que son Monde était à l’envers, que, depuis toujours, son peuple allait dans la mauvaise direction.
Son appartenance à la 13e maison, la Maudite, n’était évidemment pas étrangère à cette conviction. En tant que descendante directe de l’Aar’Ul, elle savait très bien où les Shael’Adrin avaient pêché.
D’un geste souple, elle se balança vers la Spire, se laissant tomber en direction de celle-ci. Derrière elle, le tissu ensorcelé de sa cape se déploya, lui permettant de dévier sa chute vers un balcon situé un peu plus bas, sa première destination.
Souplement, Shaer’na se réceptionna sur la rambarde richement décorée du balcon. Un fois son équilibre assuré, la cape se réduit dans son dos, fusionnant avec la souple armure de cuir sombre qu’elle portait, le tout ne gênant plus en rien ses mouvements.
Un court instant, Shaer’na eut une pensée reconnaissante pour l’enchantement cryogène, rare et acquis à prix d’or, placé sur son armure. Sans celui-ci, du bas de la Spire, un observateur zélé aurait sans doute pu la remarquer perchée sur le balcon, trahie par la chaleur de son corps. Avec celui-ci, dans les ombres perpétuelles de la ville Drow, ce risque était quasi-inexistant.
Shaer’na s’approcha de la porte du balcon. A cet étage, la qualité des serrures était réduite, et il ne lui fallut guère de temps pour en venir à bout. La porte s’ouvrit sans un bruit, tournant sur ses gonds propres et bien huilés.
Shaer’na entra dans la pièce qui donnait sur le balcon. D’après ses informations, il s’agissait d’un boudoir, une pièce réservée à une des filles de la Matrone de la maison Dhaer’Kisael. En cette heure avancée, elle devait être vide de toute occupation. Sans grande surprise, cela était bien le cas.
Affinant sa vision nocturne, Shaer’na regarda au travers du mur de la pièce. De l’autre côté, un garde faisait sa patrouille. Rien dans son attitude ne montrait qu’il avait le moindre indice de sa présence.
Il aurait été facile pour Shaer’na d’attendre que le garde passe et de se glisser dans son dos, le laissant ainsi continuer sa ronde sans qu’il n’ait jamais rien su de son intrusion, mais elle ne pouvait se permettre que, par malchance, il ne se retourne. Quand il eut passé la porte du boudoir, elle ouvrit cette dernière sans un bruit et se glissa derrière le garde. Avec la précision née d’une longue habitude, elle lui enfonça une longue aiguille entre deux cervicales, à une place mal protégée par son armure. Le garde mourut sans un bruit, et sans même savoir ce qui lui arrivait.
Une fois le corps dissimulé, Shaer’na reprit sa progression. Elle ne rencontra plus qu’un seul autre garde, qu’elle expédia de la même manière que le premier, avant d’arriver à l’endroit où se trouvait sa cible, la Mahg’Tanats, la Chambre de la Mère Matrone.
Devant la lourde porte de celle-ci, deux gardes d’élite, comme attendu. Les gardes, des femmes, portaient des armures décorées de délicats entrelacs luisants de thaumaturgie contenue et des épées courbes, transpirant la magie, au côté. Le dernier obstacle, sans doute, et le plus difficile à surmonter.
Shaer’na lança un sort de confusion sur la première garde, dont le regard devint instantanément vide. Dans le même temps, elle sortit sa lame, une longue rapière invisible, et se jeta sur la seconde. Avant que cette dernière ait eu le temps de crier, la rapière avait transpercé sa gorge, et sa colonne vertébrale dans le même temps. Elle s’effondra sans un cri. Se débarrasser de l’autre garde, dans son état, ne prit guère qu’une fraction de seconde supplémentaire.
Un battement de coeur plus tard, Shaer’na entrait dans la chambre.
Dans le grand lit en baldaquin situé au centre de la pièce, à moitié recouverte par les soieries, la Cible dormait encore. Apparemment, Shaer’na avait réussi son pari d’arriver à elle sans provoquer d’alerte.
D’un saut, Shaer’na se propulsa au coté du lit. Elle posa la main sur la bouche de la Cible, qui, sous la pression, se réveilla. Dans ses yeux, Shaer’na eut le temps de voir un éclair de peur, juste avant que sa dague ne tranche la délicate gorge et que la vie ne quitte le regard pointé sur elle.
Alors que le corps sous les draps terminait ses soubresauts, Shaer’na se raidit. Tout cela avait été trop facile. Ce qu’elle avait vu dans les yeux de sa victime n’était pas de la peur, mais une terreur abjecte, et une terrible conscience de ce qui lui arrivait, comme si elle s’y attendait...
Alarmée, Shaer’na regarda avec stupéfaction le visage de sa victime changer, se muer de celui d’une belle Elfe Noire de haute lignée vers celui, plus commun d’une fille de basse extraction. Elle avait été dupée.
Se relevant d’un geste, elle se retourna vers la porte, prête à bondir au dehors. C’est alors qu’un sortilège la frappa de plein fouet. Son mouvement se termina brutalement. Ses muscles ne lui obéissaient plus. Toutes les terminaisons nerveuses de son corps lui renvoyaient le même signal, celui d’un fourmillement horrible, impitoyable. Elle connaissant bien cette sensation, un sort de paralysie un peu particulier, bien adapté à la psyché Drow.
Des ombres sortirent alors cinq silhouettes, quatre gardes d’élite comme ceux qu’elle avait éliminé à la porte e une dernière, à la posture royale. Au dessus du corps parfait de celle-ci trônait le visage de sa Cible, celle qu’elle avait cru tuer, Jhar’a Dhaer’Kisael, la Matrone Mère.
La Matrone applaudit doucement, un sourire sarcastique au bout des lèvres.
Bravo ma chère, une démonstration magnifique de votre prouesse. Si je n’avais été prévenue, il est fort à penser que je n’aurais pas survécu à votre petite visite. Heureusement pour moi, je dispose de contacts même au sein de votre organisation si secrète...
Shaer’na essaya encore de bouger, d’utiliser sa dague pour effacer le sourire suffisant de sa Cible. En pure perte.
Vous essayez de résister en pure perte, j’en ai peur. Ce sortilège a été lancé par une experte. Et je ne compte pas vous laisser le temps d’en briser les effets. Malgré tout, il nous reste quelques secondes à partager.
Le regard de Shaer’na, la seule partie encore mobile de son corps, transperça de haine son interlocutrice qui eut un léger rire.
Décidemment, vous êtes une perle. Il est dommage d’avoir perdu de si bon serviteurs à cet effet, mais cela valait la peine. Une Vey’Greh de la 13e Maison, capturée, cela n’a plus du se produire depuis des siècles. Hélas, je ne pourrai vous conserver comme trophée, même si cela m’aurait éminemment plu. Vous êtes bien trop dangereuse. Vous devez mourir, j’en ai bien peur. Mais avant cela, vous allez parler.
Shaer’na eut un sourire intérieur, que la Matrone sembla remarquer.
Non, non, pas littéralement, bien sur, je suis pertinemment au courant que vous autres Vey’Greh avez la langue arrachée au cours de votre entraînement, pour éviter ce genre de choses. Mais, avec les bons outils, cela n’est pas réellement un problème...
La Matrone fit alors un geste impérieux, et les quatre gardes s’approchèrent de Shaer’na, dans l’intention manifeste de profiter de sa paralysie pour l’attacher et l’emporter. Certainement droit vers la salle de torture privée de la Matrone.
Dans les circonstances actuelles, l’espoir de s’en sortir, pour Shaer’na, était nul. Il était donc temps de faire appel à la dernière arme de son arsenal.
Mentalement, elle concentra sa puissance psychique et la fit exploser, envoyant télépathiquement dans tous les esprits avoisinants une dernière phrase de défi:
Qu’il en soit ainsi. Sois donc marquée par la Colère Eternelle de celui qu'à ton tour tu as trahi, En’thil’Zha !
A ces mots mentaux, sa Pierre d’Ame éclata, envoyant des échardes tranchantes comme des rasoirs dans toutes les directions. Les gardes, proches, moururent dans l’instant.
Alors qu’elle se mourrait, son âme déchirée par le Vortex, Shaer’na eut la satisfaction d’avoir malgré tout rempli au mieux sa mission. Ses secrets étaient saufs, à jamais. La Matrone, elle, n’avait pu échapper aux échardes et tenait le côté droit de son visage dans ses mains. A travers ses doigts, un mince filet de sang s’écoulait.
L’éclat de Pierre d’Ame, enchanté par le sacrifice ultime de Shaer’na, marquerait pour toujours la Mère Matrone, la défigurant et la désignant pour l’éternité, à son tour, comme une aar’ul.
Pour Shaer’na, bientôt, tout fut réduit à la douleur incomparable de la déchirure de son âme, mise en lambeaux par la faim de l’Ennemi Ultime, puis, rapidement, à plus rien...

Officiellement, Jhar’a Dhaer’Kisael, défigurée, fut destituée par sa fille ainée, qui possédait la beauté qu’elle avait perdu. Officieusement, on prétend qu’elle dirige toujours sa Maison, depuis l’ombre de sa fille, d’une main de fer.
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