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Saynètes

Saynète III

De petites histoires pour vous donner la saveur du Monde de Jeu.

Saynète III

Postby Geist » Thu Dec 20, 2012 6:06 pm

Déra, sud-ouest de la province de Xéa, 1831 v.t.

En plein centre de la ville, devant les portes du Manoir von Staak, demeure ancestrale de la famille du même nom.

Ezekkiel franchit les lourdes portes de bronze qui protégeaient le vaste jardin de la propriété, en soi déjà un signe ostentatoire de richesse ici, au centre de la ville. D’un pas sûr, il traversa celui-ci, se dirigeant droit vers la porte de chêne de l’impressionant manoir qui se dressait en son centre. Avant même qu’il n’ait pu l’atteindre, celle-ci s’ouvrit, dévoilant un domestique en livrée qui s’adressa directement à lui.
Bonjour Docteur, le Maître vous attend dans le petit salon.
‘Docteur’. Cela lui donnait déjà une indication de ce qui l’amenait ici. Seule une partie de ses ‘clients’ utilisaient encore cette dénomination.
Il fit signe au majordome de le guider. Celui-ci le précéda au travers du labyrinthe de couloirs richement décorés pour le mener devant une autre porte de bois de chêne, double celle-ci, puis, après une courbette parfaitement exécutée, il s’éclipsa.
Ezekkiel ouvrit la porte avec une lenteur calculée qui lui permettrait de prendre la mesure de ce qui l’attendait de l’autre côté. Ce qu’il découvrit ne l’étonna guère.
Le petit salon n’était ‘petit’ que par le nom. Environ six mètres sur quatre, un des murs recouvert d’une bibliothèque bien fournie, un autre caché par une large tapisserie ancienne, représentant plus que certainement une scène héroïque liée à l’histoire familiale de son hôte. A part la porte, aucune issue, aucune fenêtre, rien qui ne permettrait à qui que ce soit de les espionner de l’extérieur. En soi, cela était rassurant.
Au milieu de la pièce se tenait un homme, tourné vers la porte, comme pour l’attendre. La soixantaine bien faite, peut être même une septentaine d’années. Un peu bedonnant, une calvitie galopante cachée par une de ces perruques poudrées à la mode en ce moment. Sa pose très légèrement asymétrique indiquait à Ezekkiel qu’il mettait moins de poids sur son pied gauche, peut être la goutte, ou une ancienne blessure ?
Dans tous les cas, l’homme ne semblait pas prêt à mener un combat ou même s’échapper rapidement en cas de besoin, ce qui était un autre bon signe.
Quoiqu’il en soit, la coupe, la richesse et la broderie, reprenant la blason famillial, des étoffes composant la tenue de l’homme ne laissait guère de doutes sur son identité: Il s’agissait bien du maître des lieux.
Ah, Docteur von Blütt, merci de votre présence. Vu votre emploi du temps chargé, je n’osais espérer que vous vendriez à moi dans de si brefs délais. Mais j’en oublie la politesse élémentaire. Je me présente: Mark van Staak, propriétaire de cette humble demeure.
‘Von Blütt’. Une autre pièce du puzzle. A la connaissance d’Ezekkiel, cette identité n’avait pas encore été découverte par les autorités. Il s’autorisa donc un très léger relachement de sa vigilance.
Asseyez vous, Docteur, je vous en prie, nous avons beaucoup de choses à discuter.
Ezekkiel choisit un siège qui lui donnait une vue sur l’entièreté, ou presque, de la pièce, dos au seul mur nu de celle-ci, et s’assit, gardant son interlocuteur dans son champ de vision tout du long.
Prendrez vous un verre ?” Demanda celui-ci. “J’ai du très bon vin, en provenance directe des meilleures vignes d’Ishtar. Je me suis laissé dire qu’il s’agit des mêmes que celles qui sont à l’origine du vin servi à la table de l’Avatar.
Pour la première fois depuis son arrivée, Ezekkiel prit la parole, d’une voix grâve et posée, qui transpirait la maîtrise de lui-même qu’avait son propriétaire.
Avec plaisir cher monsieur, cela fera excellemment l’affaire. Mais dites moi donc, que pensez vous qu’il soit dans mes compétences de faire pour vous ?
L’aristocrate servit le vin dans une coupe de cristal et le tendit à Ezekkiel. Durant ce temps, il marqua une pause, comme cherchant les mots justes...
Vous m’avez été chaudement recommandé par une amie commune, la Comtesse de Serre.”
Ezekkiel ajouta cette information à son cahier de notes mental. La Comtesse de Serre était un de ses derniers clients en date, et, à sa connaissance, cette branche de son réseaude clientèle était encore saine. Les auspices se présentaient donc décidemment comme favorables.
Cette dernière m’a dit le plus grand bien de votre ‘traitement’ à son égard. Et de ses résultats. Je serais, disons... Intéressé par le même genre de service.
Ezekkiel garda le silence, ses yeux fixés sur ceux de son hôte, immobile.
Mais je comprends votre réticence, Docteur von Blütt. Laissez moi donc, je vois prie, effacer vos derniers doutes sur la sincérité de ma démarche...
Van Staak se dirigea alors vers le fond de pièce, le mur couvert par la tapisserie antique. D’un geste, il écarta celle-ci, découvrant le mur de pierre qui se trouvait derrière.
En appuyant sur une des pierres du mur, Van Staak fit coulisser une partie de celui-ci, découvrant une alcôve jusque là fort bien dissimulée. A l’intérieur se trouvait une jeune fille nue, baillonée, attachée au plafond par les poignets. Ses yeux, ouverts, emplis de larmes, trahissaient la terreur et l’incompréhension qui l’habitaient.
Ezekkiel reconnut la servante qui était venue lui apporter le message d’invitation qui l’avait amené ici. Il n’était, à vrai dire, que moyennement surpris. Il était de mise de limiter le nombre de témoin dans son genre de profession.
Choisissant une lame fin et à l’air extrèmement tranchant dans un renfoncement située sur le coté de l’alcôve, Van Staak s’approcha de la jeune fille et commença à tracer de longues lignes sanglantes sur la peau jusque là immaculée de celle-ci. Folle de douleur elle se contortionna pour essayer d’éviter la lame mais, au final, cela ne faisait qu’ajouter à son supplice.
Ezekkiel se laissa un moment emporter par le délice léger de la souffrance de la pauvre fille, et malgré son mal à détacher son regard des fines rivières de sang qui s’écoulaient sur la peau blanche, se forca malgré tout à rester de marbre extérieurement. Au fond de lui-même il se désolait du manque d’expérience flagrant du noble. La torture était un Art, chaque coupe devant être une pierre apportée à un magnifique édifice de souffrance. Ici, c’était presque de la boucherie. Un bon tortionnaire pouvait garder sa victime indéfiniment. Comme il s’y attendait, dans ce cas-ci, moins de cinq minutes plus tard, la fille était morte, son coeur n’ayant pas résisté. Elle pendait désormais mollement au bout de ses entraves.
Semblant à la fois dégouté et satisfait de lui-même, un paradoxe habituel pour Ezekkiel, Von Staak s’écarta alors du corps sans vie et revint vers lui, tenant toujours la lame ensanglantée à la main.
Voilà, dit-il, le sacrifice a été accompli. J’espère qu’il aura su vous satisfaire, Dux Daemonis.
Ezekkiel se retint bien de préciser le fond de sa pensée. Les meilleurs sacrifices étaient volontaires, amenés à cet ultime don après une lente corruption. La mort d’une innocente n’apportait guère plus que la corruption de son meurtrier. Cependant, son expérience lui avait appris qu’il aurait souvent à s’en contenter.
Van Staak reprit la parole.
Peut-être pourriez vous vous mettre à l’aise, et reprendre votre apparence normale ? Ce masque de Drow vous sied, mais doit vous être un peu inconfortable, non ? Comme je le disais plus tôt, nous avons foule de choses à discuter, et, je le souhaite, un contrat à signer.
Au point où il en était, Van Staak était soit décidé, soit fou, mais, dans tous les cas, corrompu jusqu’au plus profond de son être. Le danger potentiel pour Ezekkiel, de ce fait, devenait minime. Il ne lui restait plus qu’à profiter au maximum de l’état d’esprit intéressant de son hôte.
Il autorisa donc le relachement de son apparence illusoire, laissant ses caractéristiques physiques primaires reprendre leurs droits, et accueillit avec plaisir l’intense douleur accompagnant la transformation. Ses pupilles devirent de minces fentes verticales brillant d’une lumière malsaine, le reste de ses yeux prirent la couleur du sang. Sa peau devint rouge et écailleuse, se fendant sur les côtés de son front pour laisser passer deux cornes qui se tordirent un fois à l’air libre. Ses dents devinrent pointues et acérées tandis que ses ongles se transformèrent en griffes, courbées et tranchantes commes de rasoir. Tout cela se passa en l’espace d’un battement de coeur.
Surpris malgré l’aplomb de sa demande précédente, Van Staak recula d’un pas, laissant échapper de ses doigts la lame couverte de sang, qui tinta délicatement en frappant le sol.
Ezekkiel lui sourit.
Voici qui est fait, cher ami. Si vous me le permettez, je vais donc reformuler ma question initiale. Que peux cet humble démon faire pour vous ?
Reprenant difficilement contenance, Van Staak se rapprocha d’Ezekkiel et déglutit. Puis, prenant son courage à deux mains, énonca l’évidence attendue.
Je veux passer un Pacte avec vous. Je veux vous vendre mon Ame.
Ezekkiel sourit à nouveau, et se leva de son siège. D’un pas lent, il se dirigea vers le cadavre pendu de la jeune fille. Sur une zone de peau encore non abimée, il préleva un carré de peau, le découpant proprement grâce à une de ses griffes acérées. Il s’attela alors à l’étendre magiquement, jusqu’à ce qu’il fasse environ trente centimètres sur vingt.
Il revint ensuite sur ses pas et s’assit à la table basse qui trônait au centre de la pièce. Quand il posa la peau sur celle-ci, cette dernière avait un aspect parcheminé, comme si elle avait été viellie et sechée au soleil durant des années.
De la poche intérieure de son pourpoint, il sortit une plume d’écriture, noire et acérée, qu’il planta dans son propre bras, la gorgeant de sang. Il se mit ensuite à écrire.
Chaque mot couché sur le parchemin de peau, tracé dans son sang, se gravait en noir dans la peau, comme si celle-ci était brûlée par la puissance démoniaque brute s’y trouvant.
Après avoir écrit quelques lignes, Ezekkiel s’arrêta, et posa la question que son hôte, selon toute probabilité, attendait.
Et quelle est la chose, si je puis le demander ainsi, que vous attendez en retour de ce très généreux don ?
Je veux la Vie Eternelle”, répondit Van Staak.
Ezekkiel sourit en lui-même, mais prit une apparence peinée.
Il n’est hélas pas en mon pouvoir d’accorder une telle chose, j’en ai peur, je ne suis pas un Dieu.
Comme si il s’attendait à cette réponse négaive, Van Staak reprit.
Je m’en doutais, mais cela ne coûtait rien d’essayer, n’est-ce pas ? Non, en vérité, ce que je demande est bien plus simple, je veux retrouver ma force d’antan. Je veux redevenir jeune.
Cela entre dans ce qu’il m’est possible de faire, en effet. Est-ce tout ?
Non. Je voudrais que mon corps ne soit pas ce qu’il était lors de ma première jeunesse. Je veux être fort, en bonne santé. Une santé parfaite, un corps parfait. De plus, je veux être beau, très beau.
Derrière cette dernière requète, Ezekkiel, dont c’était une des qualités particulières, sentit une autre motivation. Il pouvait presque deviner un visage, une femme, jeune, vingt ans peut-être, très belle.
Bien, nous dirions donc quoi ? Aux alentours d’une vingtaine d’années ?
Oui, oui, ce serait parfait. Et, pour qu’il n’y ait pas de malentendu, je veux un corps d’humain mâle, rien d’autre.
Très bien, c’est acté.”, dit Ezekkiel en écrivant une nouvelle ligne.
Ah”, dit Van Staak, comme si une nouvelle idée l’avait frappé.
Ezekkiel cependant, sachait pertinement bien que ce n’était pas le cas.
“Et je voudrais qu’il soit spécifié que, durant ma nouvelle vie, ni vous, ni vos semblables n’interviendrez. Mon âme sera à vous quand je mourrai, et je tiens à ce que cela soit le plus tard possible... Nous ne voudrions pas que ce qui est arrivé à la Comtesse se reproduise, n’est-ce pas ?
Une sage précaution, en effet.” répondit Ezekkiel, qui coucha la clause sur le parchemin. “Je pense qu’ainsi nous arrivons à un accord, n’est il pas ? Je vous en prie, relisez donc, vérifiez que rien n’a été omis ou modifié par rapport à vos attentes...
Van Staak prit, avec un mélange incongru d’appréhension et d’impatience, le parchemin sur la table et commenca à le lire, lentement, avec précaution, cherchant avec insistance le piège caché aux travers des mots. Après une demi-heure de lecture, il dut se rendre à l’évidence, il n’en trouverait pas.
Finalement, d’un hochement de tête décidé, il indiqua qu’il acceptait les termes inscrits sur le parchemin.
Ezekkiel prit alors sa plume, et apposa au bas du document sa signature, délicatement courbe ét torturée. Se relevant, il la tendit ensuite vers Van Staak, qui savait très bien ce qu’on attendait de lui. De la même manière qu’Ezekkiel un peu plus tôt, il s’enfonca la plume dans la paume, faisant jaillir le sang. Ensuite, grimancant à cause de la douleur, il apposa sa propre signature sur le parchemin. Contrairement à ce qui s’était passé pour Ezekkiel, elle ne vira pas au noir, mais bien au rouge éclatant.
Une fois les deux signatures apposées, les inscriptions prirent vie, comme brûlant d’un feu intérieur. Cela impresionna fortement Van Staak, qui resta comme hypnotisé. Pour Ezekkiel, c’était le signe qui montrait que le contrat était valide, et conclu.
Ezekkiel se tourna alors vers Van Staak, et lui sourit une dernière fois. Il posa sa main sur l’épaule de ce dernier, et prononca quelques syllabes étranges, dans une langue à la fois martiale et gutturale. Van Staak cria et s’effondra sur le sol.
Le corps de Van Staak se transfomait, les os se brisaient et se reformaient, leur configuration légèrement modifiée. Les cellules du corps mourant reprirent vie, les organes se régénérèrent, la jeunesse revint. Ezekkiel avait passé un contrat le contraignant au changement, il n’avait jamais prétendu que ce serait indolore - Van Staak n’avait même jamais posé la question. Ces petits plaisirs faisaient la saveur de la condition de démon d’Ezekkiel.
Alors que la transformation se terminait, Ezekkiel prit le contrat de la table et le rangea avec précaution dans la trousse indestructible qu’il portait toujours sur lui. Il reprit son apparence humaine et se dirigea vers la porte double. Derrière lui, Van Staak se relevait et se dirigeait vers un mirroir.
Alors qu’Ezekkiel refermait la porte derrière lui, des cris de joie commencèrent à se faire entendre à l’intérieur du salon. Il en déduit que, visiblement, Van Staak devait être satisfait de son travail...
Ezekkiel pressa le pas, sortit du manoir, traversa le jardin et se perdit dans la foule. personne ne tenta de l’arrêter.
Alors qu’il disparaissait dans une ruelle sombre, les Templiers du Culte de Xéadan commencaient à entourer le manoir, très certainement alertés par la débauche d’énergie démoniaque qu’il avait du utiliser pour transformer et régénérer Van Staak.
Il espéra que ce dernier avait un plan pour se sortir d’un tel traquenard, la servante morte torturée et sa nouvelle apparence seraient en effet des preuves accablantes contre sa personne.
Van Staak s’était montré un habile négociateur, pour un humain, et il méritait une petite chance de profiter de son adresse. Cette chance, cependant, ne serait pas du fait d’Ezekkiel, car ce n’était pas dans l’intérêt de ce dernier, loin de là. Un Inquisiteur était sur ses pas, il le savait, il l’avait rencontré une ou deux fois déjà.
Au final, Van Staak, n’avait commis qu’une vraie erreur: Croire que le démon aurait un intérêt quelconque à abréger sa nouvelle vie. Au contraire. Chaque succès d’une de ses interventions poussait d’autres personnes à le contacter, et à lui vendre leur Ame. De plus, le temps, pour un Démon, libéré des limitations purement humaines, est un concept bien abstrait.
Par expérience, même si cela avait eu de l’importance, il savait qu’il n’aurait sans doute pas eu longtemps à attendre. La nature humaine est telle que ces “secondes chances”, si recherchées pourtant, se voyaient souvent abrégées d’elles-mêmes. Le cas de la Comtesse de Serre, à cet égard, avait presqué été un cas d’école...
C’est sur ces pensées qu’Ezekkiel disparut dans la ville, en quête de sa prochaine cible...

Cinq ans plus tard, Mark van Staak, qui avait échappé aux troupes du Culte et pris une nouvelle identité, mourut lors d’un duel stupide dont le prix était les charmes de sa nouvelle compagne de l’époque. Trois ans auparavant, grisé par son succès, il avait quitté la femme pour laquelle il avait vendu son âme pour mener une vie dissolue, et ce sans aucun regret.
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